23 mai 2008
Algérie, une histoire à ne pas dire?

Algérie, histoires à ne pas dire, le film de Jean-Pierre Lledo, questionne et c'est peu dire, la psyché algérienne. Il interroge tant la mémoire de la guerre d'Algérie, à travers ses épisodes du 20 août 55 à Skikda (ex-Philippeville), l'assassinat de Cheikh Raymond Leyris à Constantine le 22 juin 1961, et les massacres d'Européens à Oran le 5 juillet 1962, que les autorités algériennes ont préféré interdire sa projection en Algérie. S'en sont suivies ensuite des polémiques par presse interposée qui laissent songeur. Jean-Pierre Lledo fut accusé de tous les maux de la terre et presque désigné à la vindicte populaire; population qui n'avait pas eu la chance de voir le film documentaire en question. Ainsi va l'Algérie où l'on débat sans cesse de choses que l'on ne connaît pas. Combien aurait-il été souhaitable que ce film fût vu avant d'être voué aux gémonies!
Certes ce film qui s'intéresse à un sujet actuel, la guerre d'Algérie, un sujet dit sensible, se prête aisément à la critique et n'est pas dénué de défauts comme il n'est pas exempt non plus de qualités remarquables. On peut discuter du fait que les événements tragiques en question ne sont pas contextualisés et que les conclusions tirées par le réalisateur sont parfois hâtives. Néanmoins, Algérie, histoires à ne pas dire est un beau film sensible qui laisse la parole à des êtres qui ont vécu la tragédie dans leur chair et en situation. Combien aurions-nous aimé que cette parole fût écoutée par l'ensemble des Algériens, qui ne sont plus des enfants à qui l'on interdit d'aller au cinéma. Libre ensuite à ces citoyens - ils sont en âge de voter pour la plupart - de donner leur sentiment sur une histoire qui les concerne de manière si intime.
Commentaires
Histoires
Un film à voir pour se faire une idée !
J'ai beaucoup aimé ce film sensible et courageux. Pour prolonger la réflexion autour du colonialisme, des guerres d'indépendance, du nationalisme, 3 thèmes qui me semblent au coeur du livre, lire l'excellent article de l'historien Mohamed Harbi sur le sujet...
A bientôt,
Nassim
B. Sansal
Belle analyse. Ce serait intéressant de faire la même chose pour le livre de Boualem Sansal : Le village de l'allemand, dont certes il y a beaucoup à dire mais dont on dit également tout et n'importe quoi, sans souvent l'avoir lu, sous prétexte de comptes à régler avec l'auteur ?
J'ai toujours été contre toute forme de censure. Et pour Boualem Sansal, je trouve que là aussi son livre n'a pas été débattu et je le regrette.
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