Le chien d'Ulysse/Le blog de Salim Bachi

Le blog de salim bachi

30 septembre 2008

Une autre devinette...

myst_re

Je l'ai rencontrée à Rome; son regard est l'un des plus intenses de la peinture de la Renaissance. Sa gloire est certaine, même si elle est moins connue que Mona Lisa. Pourquoi a-t-elle fait couler autant d'encre, et même de peinture? Le mystère est en partie levé depuis le précédent post, et pourtant... Vous pouvez, bien entendu, comparer la donna velata et ce tableau, et devenir, à votre tour, d'éminents critiques d'art. A vos claviers!

Posté par salimbachi à 11:31 - Arts - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


29 septembre 2008

Une devinette picturale...

Devinette

Je me laisse souvent envoûter par une belle image, un beau tableau. Celui-ci est l'un des plus merveilleux qui soient, des plus touchants aussi. De quel tableau s'agit-il? Qui est cette femme? Je suis sûr que vous l'avez déjà deviné. Le prince des peintres charme encore nos yeux. Je trouve que le mystère qui entoure une oeuvre est encore plus intéressant que celle-ci. Ainsi, je me souviens, enfant, je découvrais ces merveilleuses images dans un vieux Larousse, et je me laissais aller à mes désirs... Songes...

Posté par salimbachi à 17:55 - Arts - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 septembre 2008

Tahia Ya Didou ! de Mohamed Zinet, par Olivier Hadouchi

Tahia_ya_didouC’est avec une grande joie que nous apprenons l’annonce de la projection du film Tahia Ya Didou ! (1971) de Mohamed Zinet, prévue pour décembre 2008 au Centre Culturel algérien de Paris. Pourquoi nous en réjouissons-nous ? D’abord, parce que Tahia Ya Didou ! est rarement diffusé (de temps en temps au CCA ou à l’IMA), et aussi parce qu’autrefois, il a été rapidement désavoué (à tort) par ses commanditaires. Les quelques copies du film sont rarement prêtées aux autres Cinémathèques, pourtant n’aurait-il pas sa place dans toutes les Cinémathèques du monde ?

Certes, plusieurs critiques algériens ont depuis longtemps tenté de rétablir l’équilibre en insistant sur son importance, son inventivité et le ton nouveau qu’il apportait. Mais profitons-en pour rendre hommage ici non aux fossoyeurs du cinéma algérien et de la culture en général mais à celles et ceux qui ont permis à de tels films de se faire, et continuent de déployer leurs efforts pour les faire vivre et perdurer (artistes, critiques, bibliothécaires, programmateurs et projectionnistes de films, issus ou non des institutions culturelles).

Genèse et contexte … ou comment une commande devient une œuvre personnelle

Au départ, la municipalité d’Alger fit une commande à Zinet : il s’agissait pour lui de réunir une équipe afin de tourner un film en l’honneur de la ville. Et le cinéaste a tellement bien honoré la commande – disons qu’il l’a détournée pour le meilleur en livrant un hommage réel, sincère et magnifique à la ville et à ses habitants –, que le film a été rapidement rangé dans de poussiéreuses étagères, avant d’acquérir au fil du temps, au gré de quelques diffusions éparpillées, le statut d’un véritable film culte.

Avant d’évoquer directement Tahia Ya Didou (1971), rappelons le contexte où il apparaît. Dans les années 60-70 c’est tout un mouvement international rassemblé sous la bannière des « nouveaux » ou des « jeunes » cinémas dont la dite « nouvelle vague » n’était (selon nous) qu’une ramification parmi d’autres. On assiste alors à l’éclosion de nombreux cinéastes du « Tiers Monde » brisant le monopole européen ou étasunien grâce à leur fougue, leur talent et leur inventivité, dopés par les décolonisations entamées à partir de 1945 et la volonté d’en découdre avec un ordre mondial où l’impérialisme se conjugue trop bien avec tentative de domination exercée par les centres sur les périphéries. « Une caméra dans la main, une idée dans la tête » telle était la devise d’un Glauber Rocha et de tout le Cinéma Novo brésilien né dans les années 60, devise mise en pratique par deux cinéastes Sénégalais, deux grands iconoclastes : Ousmane Sembène et Djibril Diop Mambéty. Quant au cinéaste cubain Julio Garcia Espinosa, il publiait justement un manifeste « Pour un cinéma imparfait » en 1969, soit à peine quelques années plus tard, un texte parfois mal interprété bien qu’il revendiquait noir sur blanc, et ceci dès les premières pages, non un cinéma « mal fait » ou bâclé, mais un cinéma de libération non entravé par les questions économiques ou les dogmes esthétiques de l’industrie (la « qualité » au sens péjoratif). Cependant, si Zinet est parvenu à rejeter l’esthétique du « réalisme socialiste » comme ses homologues cubains, il se permet en outre de railler le « socialisme » officiel, institutionnalisé, du régime et ses lourdeurs. Ainsi, cet échange à une terrasse de café : « Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme. – Et le socialisme, c’est le contraire… » ; – c’est sans doute le socialisme dit « réel » qui est visé, non ses promesses émancipatrices. Ou lorsqu’au cours d’une parade officielle, le dispositif d’une cérémonie en uniforme d’apparat dans un stade est troublé tout à coup par les appels dynamiques d’une spectatrice qui croit reconnaître sa fille parmi les participantes du défilé. 

… Un chef d’œuvre, modeste en apparence

Derrière l’apparente modestie d’un court-métrage devenu un long  au budget riquiqui, ce qui prouve au passage – s’il était besoin – que la somme d’argent versée dans la production d’un film ne rime pas nécessairement avec réussite artistique, on trouve un authentique chef d’œuvre...

Tahia Ya Didou ! nous propose un regard pluriel sur la ville d’Alger, avec le souvenir encore récent de la guerre de libération, ses traumatismes et ses séquelles, au travers d’une série de situations, de personnages, ponctuées des interventions du poète Momo, chœur antique à lui tout seul, récitant ses poèmes à la capitale et à l’adresse du spectateur (il regarde parfois la caméra, se déplace, interpelle…), avec les immeubles urbains et la mer pour horizon. Zinet réactualise la scène classique du burlesque : une course poursuite entre des enfants et un policier, en accéléré. Il juxtapose le séjour d’un pied-noir aux remarques paternalistes, accompagné de sa femme, à l’entrée (non sans quelques problèmes) dans le pays d’un touriste Suisse interprété par Georges Arnaud qui devient l’ami d’un Algérien, découvre avec lui les rues et les bars de la capitale aux sons de la musique chaabi de Hadj M’hamed El-Anka, apprend l’ampleur de la répression (torture, etc. pendant la guerre d’indépendance). Des séquences tournées façon documentaire, où l’insolite côtoie la poésie d’un cinéaste qui sait voir le monde, lui rendre à la fois sa réalité et son caractère onirique, sans oublier l’humour, omniprésent, à registres variés : de la blague potache, à la vision décalée ou incongrue, parfois étonnamment proche de Chaplin ou du Tati de Playtime (jeux sur les panneaux de signalisation, les éclairages urbains). 

Un long moment inoubliable…        

L’une des séquences les plus tragiques, les plus complexes et même expérimentale du cinéma algérien se situe justement au centre de Tahia Ya Didou. Composée de plusieurs scènes et séquences imbriquées, elle dure un peu plus de douze minutes, convoque plusieurs époques (dessins et peintures datant du 19ème siècle et la conquête d’Alger, reconstitutions historique d’un moment de la bataille d’Alger, la répression… créations picturales d’Issiakhem animées), en un mémorable face à face parsemé de flash-back entre un ancien indépendantiste prisonnier et violenté (joué par Zinet lui-même) accompagné de son enfant, un jeune garçon (le « Didou » qui donne son titre au film), et un ancien tortionnaire, revenu en visite avec son épouse. La séquence débute et se termine dans un restaurant, mais nous préférons ne pas la décrire plus en détails, tant elle fait figure d’électrochoc pour le spectateur qui ne découvre le film ou s’apprête à le faire. 

Certes, d’autres équivalents d’association d’humour et de tragique existent au sein du cinéma algérien. Par exemple, dans Combien je vous aime (1995) d’Azzedine Meddour (notamment connu pour La montagne de Baya), film de montage démontant les images, les clichés d’un demi-siècle de cinéma colonial avec un humour corrosif et ravageur (texte dit par Abdelkader Alloula), qui passe progressivement du rire à l’horreur absolue et à la tragédie (guerre, répressions, essais nucléaires près des zones où vivent des civils algériens, cobayes humains). Combien je vous aime offre d’ailleurs une pertinente analyse d’éléments (curieuse hantise/retour de « l’hygiénisme » comme pulsion postcoloniale dans l’hexagone…) qui seront ensuite étudiés par la chercheuse Kristin Ross dans son ouvrage Travailler plus vite, laver plus blanc, bien qu’elle ne semble pas connaître le film de Meddour et ne le cite donc jamais.

Conclusions provisoires ?    

En associant un Tahia Ya Didou ! (Vive Didou !, du nom du personnage de l’enfant prénommé « Didou ») au slogan Tahia Ya Djazaïr ! (Vive l’Algérie !), Zinet nous rappelle que l’enfance, la jeunesse, sont des moteurs de l’avenir et d’une nation. Et l’hospitalité, l’amitié, – qui n’entrent jamais en contradiction avec l’importance de la connaissance du passé et de ses drames –, sont de belles armes (valables à l’échelle mondiale) pour lutter contre ce que l’on nommera ensuite le « repli identitaire ». Avait-il prévu qu’un jour, certains enfants devenus grands se prendraient à rêver de « Rome plutôt que vous » (voir l’excellent film éponyme du jeune cinéaste Tariq Teguia) ?

Bien que la formule « partir du particulier, du local pour atteindre l’universel » soit particulièrement galvaudée, elle demeure entièrement valide dans le cas de notre film. De Merzak Allouache, avec son clin d’œil au film de Zinet dans Bab el Oued City et qui a fait appel à Zinet dans des films précédents, jusqu’à Yasmina Khadra, qui cite les vers du poète Momo dans A quoi rêvent les loups, ou chez d’autres artistes ayant chacun leur propre univers (comme les deux personnes citées avant), le souvenir de Tahia Ya Didou demeure bel et bien vivant.

P.S

Actuellement, nous nous réjouissons d’entendre parler de la restauration de Tahia Ya Didou, sous la plume du cinéaste Merzak Allouache, auteur d’un autre grand film algérien, Omar Gatlato (1976). Processus qui entraînera, on l’espère, la restauration d’autres films du patrimoine. Zinet est mort, l’un des quatre chefs opérateurs du film (Pierre Clément), venu présenter le film en Algérie, dans le cadre des rencontres de cinéma de Béjaïa en 2005 a disparu aussi, les autres opérateurs Youcef Bouchouchi, Bruno Muel, Robert Lézian, Saad Khiari en savent-ils plus ? Qui sait quel aurait été le « director’s cut » de Zinet ? Le projet d’une copie restaurée est une initiative que nous saluons, en espérant qu’elle va bientôt se concrétiser.

Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur l’homme et l’artiste que fut Mohammed Zinet, nous recommandons l’excellent ouvrage de Khelfa Ben Aissa, Tu vivras, Zinet « Tahia Ya Zinet » ou L’artiste Med Zinet raconté par ses proches, publié en 1990, aux éditions L’Harmattan. L’auteur a recueilli une série de photographies de l’artiste, divers documents visuels, ainsi que de précieux entretiens avec des personnes l’ayant connu : des membres de sa famille, ainsi que Kateb Yacine, Issiakhem, Malek Alloula, Olivier Fanon, Mouloud Mammeri, le poète Himoud Brahim dit Momo ; les cinéastes ou opérateurs : Ali Marok, Abdelkrim Bahloul, Abderrahmane Boughermouh, René Vautier, Bruno Muel, Sarah Maldoror (qui fait une discrète apparition au début de Tahia Ya Didou et a donné un rôle à Zinet dans un de ses films), Yves Boisset, William Klein, … impossible de tous les citer.

Le film est parfois orthographié Tahya Ya Didou en français. Nous avons opté pour le titre la retranscription la plus courante.

Olivier Hadouchi est doctorant en cinéma.

Posté par salimbachi à 20:53 - Cinéma - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 septembre 2008

Mahomet dévoilé, article paru dans L'Express

Peut-on faire du fondateur de l'islam le héros d'une fiction? C'est le pari de Salim Bachi, qui signe un beau récit mêlant tradition et critique.

Les voies de Dieu passent aussi par le roman. C'est en tout cas le chemin qu'emprunte Salim Bachi pour imaginer la vie de Mahomet telle qu'aurait pu la raconter son plus proche entourage. Exercice des plus délicats. Mais en tricotant habilement avec le fil de la biographie autorisée (la Sîra) et en déroulant la pelote de la poésie dramatique, l'auteur sait s'y prendre et nous entraîne dans la sphère intime du Prophète. On trouve en tête des chapitres des versets du Coran, destinés à "purifier" la fiction, ce qui permet de s'enfoncer, l'esprit ouvert, dans un récit où les dialogues sont parfaitement libres. Il en surgit un portrait contrasté, empathique pour l'envoyé d'Allah, critique sur son héritage. Tour à tour, les personnages centraux de l'épopée surgissent d'une grotte ou d'une chevauchée, livrant leurs doutes et leurs passions, libérant leur violence. Khadidja, la première femme de Mahomet, Bouhayra, le vieux moine chrétien, Ali, le fils adoptif, futur fondateur du chiisme, Abu Bakr, qui deviendra calife de l'islam... tous prennent la parole.

Le Prophète fait couler le sang

De la révélation prophétique à sa dernière prière, la vie de Mahomet se lit comme un conte monothéiste qui décrit la dureté des hommes du désert et toutes leurs faiblesses. Y compris celles du Prophète, chef de guerre qui réclame des têtes et n'hésite pas à faire couler le sang, celui des polythéistes comme celui des juifs. "Il vous est permis de ruser avec vos ennemis", déclare à ses disciples le "beau modèle". Il n'agit ainsi, veut montrer Bachi, que pour assurer la victoire finale de l'unicité divine. Le Mahomet de Salim Bachi est avant tout fidèle: à Dieu, à ses frères et compagnons, mais aussi à un siècle cruel. Fidèle aussi est ce roman, à l'image d'un Annonciateur que ses successeurs ont trahi.

Christian Makarian, in "L'Express", semaine du 18 au 24 septembre 2008.

Posté par salimbachi à 10:10 - Actualité - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 septembre 2008

Un peu d'éthymologie.

"L'adjectif ummî apparaît cinq fois dans le Coran; une seule fois au singulier, à propos du prophète Mahomet. Remarquons d'emblée que sa traduction fréquemment adoptée par "illettré" ne répond que partiellement à la complexité du terme arabe. Littéralement, le ummî est celui qui est resté dans l'état où sa mère (umm) l'a enfanté. Dans le Coran, les ummiyyûn (pluriel de ummî) désignent les juifs qui avaient une connaissance très faible de l'écriture, et donc de la Thora (2,78), mais surtout les Arabes polythéistes de la période préislamique (3,20;62,2). Ceux-ci, en effet, contrairement aux juifs et aux chrétiens, ne possédaient pas de livre révélé. Cette interprétation est corroborée par le verset 75 de la sourate 3, où le terme est employé de façon péjorative par les juifs de Médine pour désigner les premiers musulmans et plus généralement tous les Arabes, dans le sens d'étrangers à la communauté juive. Le terme ummiyyûn peut dans ce cas être traduit par "païens" ou "gentils". Parallèlement, les commentateurs musulmans soulignent que les Arabes sont qualifiés d'ummiyyûn dans le Coran parce que peu d'entre eux connaissaient l'écriture. Ils se réfèrent notemment à cette parole du Prophète: "Nous sommes une communauté illettrée (umma ummiyya) car nous ne savons ni lire ni compter." En effet, le terme ummî est généralement présenté comme  provenant de umm qui signifie prioritairement "mère" dans les langues sémitiques. Le ummî est donc resté comme il était à sa naissance, dans un état de nature, c'est-à-dire non touché par la culture humaine: une des conséquences de cet état fait de lui un "illettré". Mais l'exégèse musulmane dépouille ce terme de toute nuance péjorative: si beaucoup d'Arabes d'avant l'islam ne savaient ni lire ni écrire, ils n'en possédaient pas moins une haute culture littéraire orale et de hautes vertus telles que le courage, la générosité, etc. Ils pouvaient être incultes (ummî), ignorants quant à la culture intellectuelle acquise, mais non sur le plan moral.

Appliqué au Prophète (7,157-158), le terme ummî comporte des enjeux importants. Pour la plupart des auteurs musulmans, il désigne l'illettrisme de Mahomet, confirmé par le verset 48 de la sourate 29 : "Avant (la révélation du Coran), tu ne récitais aucun livre, ni n'en écrivais aucun de ta dextre." Le plus grand miracle du Prophète consiste donc dans le fait que le Livre lui ait été révélé. Remarquons à ce propos que le Coran met en exergue les miracles accomplis par Jésus, mais nullement ceux que la tradition islamique postérieure assigne à celui-ci. Pour beaucoup de musulmans, la révélation du Coran au "prophète illettré" est le miracle par excellence qui estompe toute autre grâce surnaturelle. En outre, pour l'apologétique musulmane, cet illettrisme prouve que Mahomet n'avait pas une connaissance directe des Ecritures judéo-chrétiennes, et donc qu'il n'a pu les plagier. Le savant tunisois Ibn Khaldûn (809/1406) considère ainsi que la ummîyya de Mahomet ne trahit pas une déficience, comme c'est le cas chez le commun des hommes, mais manifeste au contraire sa perfection. De leur côté, les commentateurs remarquent en général que l'épithère ummî n'a aucune connotation péjorative lorsqu'elle s'applique au Prophète.

Pourtant, l'analphabétisme de Mahomet n'est pas une certitude pour les orientalistes, ni même pour les auteurs musulmans anciens. En effet, Mahomet a notamment exercé le commerce avant d'être investi de la prophétie, et il se devait donc de noter au minimum les noms et les prix des produits. Certaines sources contemporaines indiquent qu'il ne savait pas bien écrire, mais écrivait tout de même. Quoi qu'il en soit, le Prophète maîtrisait parfaitement la langue arabe orale, comme en témoignent ses nombreux propos rassemblés dans les recueils de hadiths. Les spirituels de l'islam, les soufis, considèrent la question de l'analphabétisme de Mahomet comme un faux débat: que celui-ci, qui fut également berger, ait su peu ou prou lire et écrire n'entame en rien sa virginité spirituelle, sa nature "matricielle", en vertu de laquelle il fut le réceptacle de la Révélation. Cette virginité, qui évoque celle de Marie (Maryam dans le Coran), a fait comparer le Prophète à "une feuille blanche devant le Calame divin". Les soufis établissent souvent une analogie entre la virginité de Marie et celle de Mahomet, qui fut également purifié du péché originel et reçut ainsi le Verbe divin. Dans le premier cas, le fruit est Jésus, dans le second le Coran. (...)ikhlas560__d

Ummî, in le Dictionnaire du Coran, sous la direction de Mohammed Ali Amir-Moezzi, article d'Eric Geoffroy, coll. Bouquins, éditions Robert Laffont, 2008.

Posté par salimbachi à 11:53 - Sciences Humaines - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 septembre 2008

Le Prophète savait-il lire ?

Souvent, la question de l'illettrisme supposé du Prophète revient dans vos commentaires ou vos messages. En effet, dans l'extrait du Silence de Mahomet que vous avez lu sur ce blog, le Prophète est présenté comme sachant lire et écrire. Comme j'ai déjà, à de nombreuses reprises, répondu à cette question encore débattue de nos jours, je vous renvoie à l'interview donnée à Yazid Haddar dans le journal de Marrakech dont voici le lien : http://www.emarrakech.info/Salim-Bachi-puiser-dans-l-histoire-musulmane-pour-comprendre-mieux-l-Islam_a15807.html

Posté par salimbachi à 14:05 - Actualité - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 septembre 2008

L'islam et l'Odyssée, article paru dans le Figaro

Voilà Mahomet transformé en personnage de roman. Un récit épique plein de fureur et de foi, de bruit et de prières.

Comme tout bon roman, Le silence de Mahomet est de ces livres qu'on n'oublie pas. Sa langue, son audace, sa fougue maîtrisée continuent de résonner en nous, longtemps après qu'on a tourné la dernière page.

Salim Bachi narre l'histoire du prophète des musulmans d'une manière qui n'est pas sans rappeler la saga d'Alexandre le Grand ou celle de Lawrence d'Arabie. On traverse les pays de part en part, les journées étant comptées comme des heures; on marche dans le désert comme on traverse la rue; la trahison est monnaie courante; on se bat, et on massacre: la vie a si peu de valeur... La judicieuse trouvaille du jeune auteur est de raconter la vie de Mahomet comme celle d'un héros de son temps. Le résultat est magistral. Plus qu'une biographie, c'est un portrait total. Le lecteur découvre le fondateur de l'islam en chef politique et militaire, stratège et calculateur comme un Napoléon, sans scrupules dès lors qu'il s'agit d'atteindre son but. Car " l'homme de Dieu est simplement un homme, et, comme eux, il est livré aux passions dévorantes ".

Ici, Mohammad (seuls quelques pays d'Europe disent Mahomet) est vu par quatre de ses proches. Il y a Khadija, sa première femme, qui était beaucoup plus âgée que lui et à laquelle il fut résolument fidèle. Elle a permis à l'orphelin qu'il était d'accéder à un statut et à la richesse. Et Aïcha, la fille "offerte" par son meilleur compagnon et considérée comme sa dernière épouse. Il l'avait prise alors qu'elle n'avait pas dix ans. Dans le même temps, il en épousait d'autres à tour de bras - d'après certains textes, le Prophète aurait eu une dizaine de femmes parmi lesquelles des Juives et une chrétienne. Les règles du Coran, qui limitaient le nombre d'épouses que pouvait prendre un homme, restant souples pour celui qui les avait édictées... Les deux autres narrateurs sont son meilleur ami, et un général qui avait été l'un de ses opposants avant de se rallier à sa cause.

Scène d'amour entre Aïcha et le Prophète

Salim Bachi s'est beaucoup inspiré des chroniques sur la vie de Mahomet, notamment d'Al-Sîra, le Prophète de l'islam raconté par ses compagnons - la référence en la matière. Mais que l'on ne s'y trompe pas: son livre n'est pas un document qui tente de traquer la vérité historique. C'est un roman, un roman avec toutes ses inventions, une vision propre à l'auteur, et surtout un style voluptueux et poétique. Nul doute que dans ce qui relève de l'imagination, la scène d'amour entre Aïcha et le Prophète "proche de l'embrasement" fera parler, sans compter toutes les pensées et les paroles que l'écrivain prête au Messager...

Ceux qui connaissent les textes de Bachi depuis le remarqué Chien d'Ulysse (Goncourt du premier roman, prix littéraire de la vocation) savent à quel point le romancier est doué pour impbriquer le lyrisme du conte arabe et la magnificence de la langue française, donnant de l'éclat à ses récits. Ici, nulle obligation d'apprécier les choses de la religion pour goûter la saveur des phrases; c'est comme entendre le chant du muezzin ou voir la prière d'un homme: on vibre, sans forcément partager le discours ni épouser la foi, la beauté est partout et elle parle à tout le monde.

Mohammed Aïssaioui, in "Le Figaro Littéraire", jeudi 11 septembre 2008.

Posté par salimbachi à 13:23 - Actualité - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 septembre 2008

Le silence de Mahomet sélectionné pour le prix Goncourt!

Chers amis, je viens d'apprendre que Le silence de Mahomet est sélectionné pour le prix Goncourt. Je vous remercie d'être de plus en plus nombreux à lire ce blog.

Posté par salimbachi à 21:41 - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 septembre 2008

Mahomet le Grand, article paru dans "Le Matricule des anges" du mois de septembre.

En privilégiant l'intime et l'épique, le roman de Salim Bachi propose un scénario superbement humain du fondateur de l'islam.

Pour qui a lu le cycle romanesque conçu à partir de la ville imaginaire, l'antique et farouche Cyrtha, il ne sera pas si étonnant que ce faiseur de monde au talent distingué de poète qu'est Salim Bachi en vienne dans son nouveau livre, à s'intéresser à la figure imposante - intouchable? - de Mohammad, le chef des Arabes et fondateur de l'islam. Le pari est ambitieux, mais l'instinct de liberté de l'écrivain, né en Algérie en 1971, l'est plus encore. le choix assumé de la fiction dit d'ailleurs assez qu'il ne s'agit pas de refaire l'histoire, doxa contre doxa, mais de s'introduire plutôt dans ce qui y fait brèche, cette zone grise que peut seule féconder, quand elle est nourrie de lectures et de réflexions, l'imagination d'un créateur. C'est que la manière de Bachi, tout érudite soit-elle, vibre d'une audace discrète et inspirée. L'originalité du propos tient d'abord à sa tenue, une polyphonie qui décentre et démultiplie les points de vue: quatre voix, quatre "personnages" racontent l'ensemble des faits et gestes de Mohammad à des époques indentiques ou différentes de sa vie: portraits en creux ou en relief, épisodes de gloire ou de déroute, qui mettent en lumière les multiples facettes d'une personnalité fascinante toue en restant "simplement (celle d') un homme " - l'humain, quoiqu'en prise à l'intelligence même du mystère, sera résolument au coeur du récit.

Parmi les quatre figures éminemment romanesques que l'écrivain convoque: Khadija, une commerçante aisée, plus âgée et plus expérimentée que lui, qui engage ce simple caravanier d'alors, l'épouse et en fait un homme reconnu tout en l'encourageant dans sa voie; Abou Bakr, son ami et intime confident, qui l'accompagnera dans son destin de stratège et de guerrier redoutable (" avec la force réalisatrice d'un Alexandre "), et deviendra à la mort de celui-ci, le premier calife de l'islam; le général Khalid, que son génie militaire a élevé au renom de "glaive de l'islam", après avoir longtemps été son adversaire féroce; la passionnée et possessive Aïcha, enfin, fille d'Abou Bakr, devenue encore enfant, la dernière épouse du Prophète...

Dans sa façon de faire varier l'énonciation, sur plusieurs tons, du portrait spirituel du Messager, il n'est pas anodin que l'écrivain ait tenu à inscrire ce double héritage de femmes. Dans la lignée directe d'Assia Djebar, dont il a à coeur de rendre hommage à son Loin de Médine, Salim Bachi nous parle de l'islam à sa naissance, à sa pré-histoire, quand celui-ci reconnaissait que les femmes étaient des " gardiennes " émérites de l'islam au point de les associer aux assemblées avec les hommes, leur parole valant encore comme gage de transmission... Lorsqu'à 40 ans, Mohammad reçoit la visite de l'archange Gabriel qui lui présente un verset du Coran, n'est-ce pas à Khadija qu'il confie le récit de cette vision, à elle qu'il transmet la révélation?

Fortement contesté au début de sa prédication, à coups d'injures, de persécutions et de menaces de mort, Mohammad, à l'origine un orphelin né pauvre qui en vient à bouleverser toute la hiérarchie traditionnelle de La Mecque et ses croyances ancestrales, doit bel et bien convaincre, quoique ce fût toujours "avec une grande parcimonie" que le Prophète " usait de cette ferveur lue dans les coeurs et les yeux des jeunes hommes prêts à mourir pour lui "... Avec l'aisance du chroniqueur qui connaît chaque tribu (quourayshite, juive ou " nazaréenne "), chaque généalogie et chaque rivalité intestine à cette société arabe patriarcale du VIIème siècle, l'auteur réussit alors à nous conduire dans les intrigues et les guerres de clans qui se fomentent à La Mecque, bien avant l'Hégire (la fuite, l'exile vers Médine).

D'une construction judicieusement étudiée, quoique souple, servie par un style à la fois vif et épuré, où alternent des images lyriques et des phrases détachées, la narration s'articule aussi autour des sourates du Livre, que le récit se charge, par l'intermédiaire des mots réhabités par chacun des protagonistes, de mettre en scène, d'incarner. Dans cette mise en écho du texte sacré et du texte profane, le " silence de Mahomet " peut ainsi prendre toute sa profondeur: la part de trouble, de mystère et d'ombre que comporte la parole de l'Envoyé de Dieu qui, quand elle vient à s'éteindre, ouvre inévitablement sur le champ périlleux de la liberté humaine, à partir duquel chacun allant sûr de sa foi et de son anecdote, s'en va réifier l'islam en dogme. " Un jour l'islam sera l'étranger qu'il a commencé par être..." prévient Mohammad en train de rendre son dernier souffle sur les genoux d'Aïcha. Se profilent déjà le danger et le désarroi, l'aporie des guerres d'interprétation à venir, qui sont, comme chacun sait, les plus âpres et les plus ravageuses.

Sophie Deltin, in "Le matricule des anges", septembre 2008.

Posté par salimbachi à 13:32 - Actualité - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 septembre 2008

Le silence de Mahomet en librairie

Et aussi un article dans "L'Hebdo suisse": http://www.hebdo.ch/Edition/2008-36/Mieux_Comprendre/debats__polemiques/litterature_et_islam_mahomet_estil_un_sujet_de.htm

Posté par salimbachi à 14:48 - Actualité - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »