Le chien d'Ulysse/Le blog de Salim Bachi

Le blog de salim bachi

29 avril 2009

Il silenzio di Maometto

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Chers amis et visiteurs de ce blog, je suis content de vous annoncer la parution aujourd'hui de l'édition italienne du Silence de Mahomet. La traduction est l'oeuvre de Gaia Amaducci, la jeune et dynamique fondatrice de la maison d'édition Epoché, qui se charge, en Italie, de faire connaître la littérature qui s'écrit dans les pays qui ne sont pas la France, et qui pourtant détiennent en partage la même langue, butin de guerre ou héritage de l'histoire, selon les définitions. Vous voyez comme j'évite sciemment d'accoler à littérature un certain adjectif qui m'ennuie au plus haut point.
Donc, longue vie à cette nouvelle traduction du roman de Mahomet, que l'on tente ici et là d'étouffer en le censurant; mais il est vain de vouloir taire ou masquer la vérité.  Je regrette aussi le manque de courage de certains, qui pourtant se targuent de défendre la culture en Algérie et dans le monde arabe. Je ne nomme personne, mais il se reconnaîtront. Ils sont jeunes et devraient  représenter l'espoir de nos pays, mais ils préfèrent se taire et dénigrer ce qu'ils ne comprennent pas. Comme le disait si bien Zola : "La vérité est en marche, et rien ne l'arrêtera" Certes, je ne suis pas Dreyfus, encore moins Zola, mais j'ai honte pour les miens qui versent de plus en plus dans l'intolérance, le racisme, ou la vanité conférée par les pouvoirs en place, et bien en place. L'histoire les jugera, et les oubliera, juste sanction.

Je suis content de vous annoncer aussi que le livre sera bientôt disponible en grec et en anglais.

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26 avril 2009

Love Is My Sin

Shakespeare

J'aime aller aux Bouffes du Nord, le théâtre de Peter Brook; je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, souvent parce que j'ai habité dans le coin, pas très loin du boulevard de la Chapelle où il souffle un air d'Inde ou du Pakistan. Il se peut aussi que j'aime cet étrange théâtre qui me rappelle certaines façades romaines, ocres ou rouges qui donnent cette tonalité si particulière à la Ville éternelle. Ou peut-être l'architecture ouverte de la scène, ou le souvenir de quelque représentation magistrale d'Hamlet; enfin voilà, je tiens beaucoup à fréquenter ce théâtre...

bouffesnord

Par hasard, je m'étais trouvé là à écouter quelques sonnets de Shakespeare mis en scène par Peter Brook; et je trouvais franchement que ça n'allait pas, que cela ne "sonnait" pas tout à fait juste. Je n'ai sans doute pas l'oreille musicale, et encore moins le sens de la langue anglaise, aussi je me désintéressais presque du spectacle, je m'endormais légèrement bercé par la répétitive et lassante lecture des acteurs : un homme et une femme, vieux amants qui me semblaient peu refléter la jeunesse et la fougue des poèmes de Shakespeare. Et puis, bon sang, où était donc passée la tierce personne, l'autre auquel s'adressent souvent le poète? Etrange perspective ouverte par cette adaptation où ne demeurent plus que deux voix amoureuses. Et puis finalement, ce dernier poème qui m'éveilla tout à fait et me fit prendre conscience de la signification générale de tout le spectacle. Je vous laisse en compagnie de ce dernier sonnet, traduit par Peter Brook lui-même, je crois :

A l'union de deux esprits sincères, je ne veux m'opposer.
L'amour n'est point amour s'il change quand l'autre change,
ou s'il veut s'éloigner, quand l'autre s'éloigne.
Oh, non! il est l'astre immuable
qui reste impassible dans la tempête,
l'étoile de tous les navires errants,
à la puissance inconnue bien que sa grandeur soit perçue.
L'amour n'est pas le fou du temps,
même si ses lèvres et joues rosies
par sa faux finissent fauchées.
L'amour ne s'altère pas en heures ou en semaines,
mais survit jusqu'à la pointe de la fin du temps.
      Et si ceci est faux et qu'on me le prouve,
      je n'ai jamais écrit, et personne n'a jamais aimé.

Love Is My Sin, de Peter Brook, jusqu'au 9 mai, au théâtre des Bouffes du Nord.

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12 avril 2009

Le collier de la colombe...

Cordoue__d

" L'union est un des visages de l'amour. C'est une fortune illustre et une halte ombreuse, un cercle bienheureux et une aurore joyeuse; c'est la vie soudain neuve, l'éclat du quotidien, c'est le bonheur sans fin et une grâce immense, que Dieu nous donne. Si ce bas monde n'était une demeure d'emprunt, d'épreuves et d'incertitudes, et le Paradis seul havre des récompenses que le haïssable ne menace plus, je dirais que l'union avec l'aimé connaît cette même pureté sans trouble, cette jubilation sans mélange et sans tristesse, cet achèvement du désir et ces espérances comblées. J'ai fait l'expérience de tous les plaisirs, j'ai saisi toutes les fortunes, où qu'elles mènent. Ni les faveurs du pouvoir, ni les avantages de l'argent, ni même être quelque chose quand on n'était rien, ni le retour après l'absence, ni le salut après la peur et l'exil loin du puits de son clan, rien n'égale dans une âme l'union amoureuse, surtout quand elle est si longtemps empêchée que le feu prend, que la flamme monte et que l'espérance s'embrase. Une prairie qui s'illumine après la pluie, l'aurore d'une fleur quand les nuages nomades lèvent leur camp nocturne dans la douceur du matin, le murmure des eaux qui percent les mille couleurs des parterres, la grâce des blanches citadelles qu'assiègent de verts jardins; non, rien ne dépasse l'union avec un aimé dont la nature satisfait, dont le caractère plaît, dont les traits rivalisent avec la beauté. L'éloquence renonce à l'imiter, la clarté du discours y tourne court. Il y a là un ajournement de l'esprit, un exil de l'intelligence. J'écris:

On m'a prié de décliner mon âge
Voyant sur moi mèches et tempes blanches;
Et moi : " Une heure et pas plus n'ai vécu,
Tout bien considéré, avec raison.
- Comment? Explique-toi! En vérité
Quel redoutable historien tu fais ! "
Je dis : " Celle à qui mon coeur se suspend,
Je l'ai embrassée un jour, par surprise,
Et même si mon âge se prolonge,
A elle seule, cette petite heure
Sera le réel de ma vie. "


Ainsi parlait, écrivait, et vivait Ibn Hazm, amant, poète et historien des religions, au onzième siècle, à Cordoue, et en exil.

Ibn Hazm, De l'amour et des amants, traduit de l'arabe par Gabriel Martinez-Gros, Sindbad, la bibliothèque arabe, Paris, 1992.

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05 avril 2009

Je me souviens de Mahmoud Darwich...

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Je me souviens de Mahmoud Darwich, un soir, au théâtre de l'Odéon. C'était quelques mois avant sa mort. Il était si vivant pour la poésie, ce soir-là; et il semblait que celle-ci naissait à l'instant même où il la disait. Ne retrouvait-il pas ainsi l'ancien chant des Arabes, que l'on dit souvent querelleurs mais qui furent avant tout lyriques et amateurs d'étendues, de ruines et d'amours éperdues? Darwich, ce soir-là, incarnait les ruines, les cavalcades sous la lune, l'amour en fuite de Majnoûn pour son amante, sa Layla, la Palestine. Il était ainsi, Darwich, capable d'enflammer une salle de théâtre en redonnant vie au verbe, en le faisant chair pour toucher la chair. C'est un étrange mystère que celui-ci... Souvent, je rêve, je rêve que je suis un poète qui rêve qu'il est un mendiant... Je me demande, sur le chemin, qui accueillera la parole, les mains ouvertes et le coeur vide, pour qu'elle puisse s'y enraciner. Ce soir-là, nous étions les mendiants, ou les princes, et Darwich était le fils prodigue, l'amant lyrique en quête, qui plantait dans nos coeurs les versets brûlants de sa passion.

Posté par salimbachi à 20:39 - Littérature - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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