Le chien d'Ulysse/Le blog de Salim Bachi

Le blog de salim bachi

26 avril 2009

Love Is My Sin

Shakespeare

J'aime aller aux Bouffes du Nord, le théâtre de Peter Brook; je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, souvent parce que j'ai habité dans le coin, pas très loin du boulevard de la Chapelle où il souffle un air d'Inde ou du Pakistan. Il se peut aussi que j'aime cet étrange théâtre qui me rappelle certaines façades romaines, ocres ou rouges qui donnent cette tonalité si particulière à la Ville éternelle. Ou peut-être l'architecture ouverte de la scène, ou le souvenir de quelque représentation magistrale d'Hamlet; enfin voilà, je tiens beaucoup à fréquenter ce théâtre...

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Par hasard, je m'étais trouvé là à écouter quelques sonnets de Shakespeare mis en scène par Peter Brook; et je trouvais franchement que ça n'allait pas, que cela ne "sonnait" pas tout à fait juste. Je n'ai sans doute pas l'oreille musicale, et encore moins le sens de la langue anglaise, aussi je me désintéressais presque du spectacle, je m'endormais légèrement bercé par la répétitive et lassante lecture des acteurs : un homme et une femme, vieux amants qui me semblaient peu refléter la jeunesse et la fougue des poèmes de Shakespeare. Et puis, bon sang, où était donc passée la tierce personne, l'autre auquel s'adressent souvent le poète? Etrange perspective ouverte par cette adaptation où ne demeurent plus que deux voix amoureuses. Et puis finalement, ce dernier poème qui m'éveilla tout à fait et me fit prendre conscience de la signification générale de tout le spectacle. Je vous laisse en compagnie de ce dernier sonnet, traduit par Peter Brook lui-même, je crois :

A l'union de deux esprits sincères, je ne veux m'opposer.
L'amour n'est point amour s'il change quand l'autre change,
ou s'il veut s'éloigner, quand l'autre s'éloigne.
Oh, non! il est l'astre immuable
qui reste impassible dans la tempête,
l'étoile de tous les navires errants,
à la puissance inconnue bien que sa grandeur soit perçue.
L'amour n'est pas le fou du temps,
même si ses lèvres et joues rosies
par sa faux finissent fauchées.
L'amour ne s'altère pas en heures ou en semaines,
mais survit jusqu'à la pointe de la fin du temps.
      Et si ceci est faux et qu'on me le prouve,
      je n'ai jamais écrit, et personne n'a jamais aimé.

Love Is My Sin, de Peter Brook, jusqu'au 9 mai, au théâtre des Bouffes du Nord.

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30 mai 2008

La tragédie des Arabes

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En ce moment, au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, et jusqu'à dimanche, se donne un Richard III de Shakespeare extraordinaire à plus d'un titre. Il s'agit en l'occurrence d'une pièce montée entièrement en arabe par un metteur en scène arabe et des comédiens arabes. Pour ceux que cela inquiète, le spectacle de Sulayman Al-Bassam est surtitré français. Mais leurs inquiétudes devraient surtout être nourries par le projet du metteur en scène: parler d'une pétro-monarchie comme l'Arabie Saoudite à travers le prisme tragique de Shakespeare. Le défi est relevé d'une exemplaire manière; Richard III devient la tragédie d'un prince arabe qui s'alliera avec le diable pour conquérir le pouvoir.
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La pièce est émaillée de versets du coran et de hadiths, de poèmes et de proverbes, et devient, au fur et à mesure, contaminée par l'actualité et la force tragique des comédiens, une authentique pièce contemporaine dont le sujet est la corruption du pouvoir, la captation de celui-ci par des aventuriers sans foi ni loi qui se servent de la religion pour parvenir à leurs fins, tout en s'appuyant sur des puissances étrangères avides de contrôler les champs pétrolifères du Golfe. D'ailleurs, la bataille finale n'est pas intitulée la "mère des batailles" pour rien._42588413_richardiii203 Pour Sulayman Al-Bassam, elle renvoie clairement à la célèbre bataille d'Ohod où Mahomet et ses compagnons subirent leur première défaite face aux ennemis de l'islam. Faut-il faire un parallèle avec la première guerre du Golf? Sans aucun doute. A la fin, après la mort de Richard III (il faut saluer l'exceptionnelle performance de Fayez Kazaq dans ce rôle), ne demeurent sur la scène vide que les évangélistes des deux bords : prédicateurs américains et musulmans, prêts à en découdre pour notre malheur et celui du monde.

Richard III, An Arab Tragedy,
de William Shakespeare
Mise en scène et adaptation de Sulayman Al-Bassam.
Commande de la Royal Shakespeare Company pour le Complete Works Festival 2007.

Posté par salimbachi à 10:18 - Théâtre - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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